vendredi 1 mars 2013

"Et n'attendre personne", un homme, un couple, une crise de la quarantaine


À Strasbourg, après 20 ans d'union sans nuage, le couple d'Alberto et Isabella, qui tient lieu de modèle, se trouve bouleversé à la quarantaine.
Leur fils unique, Manuel, chanteur dans un groupe, a l'opportunité de partir travailler à New-York.
Alberto est complètement déboussolé par cette nouvelle, lui qui, jeune photographe, a renoncé à son rêve d'Amérique pour rester auprès de son nouvel amour, Isabella. Cette dernière, de son côté, ressent un sentiment de "mission accomplie", fière que son petit vole enfin de ses propres ailes. Forte de cette nouvelle liberté qu'elle éprouve, elle qui est animatrice radio saisit l'occasion d'une opportunité de travail pour une station bruxelloise.
Alberto vit mal ce qu'il ressent comme un double abandon. 
Il veut reconquérir sa femme qui s'éloigne. Il soupçonne même la présence d'un autre homme à Bruxelles.
Peut-être est-il bon de savoir s'éloigner pour mieux se retrouver ?

S'ajoute à cela des relations tendues avec le rédacteur en chef du quotidien pour lequel Alberto travaille depuis des années en tant que photographe.
Extrait p. 27 : "D'emblée, notre collaboration fut compliquée. Il avait beau porter le nom de ma bière préférée, nous n'avions rien en commun. J'incarnais ce que mon chef détestait plus que tout. J'ignorais pourquoi, mais c'était une évidence, j'étais un problème pour Fischer. Ce type se prenait pour le Sphinx et devait considérer que je lui avais pété le nez dans une vie antérieure. Il attendait l'agression, l'espérait, pour se délecter dans la bagarre contre moins puissant que lui sur l'organigramme."
Peut-être est-il temps pour lui aussi de goûter à la liberté ?
Et ce goût de la liberté sera-t'il bénéfique ou bien fatal au couple ?

J'ai aimé l'écriture qui décrit si bien les sentiments.
J'ai trouvé plusieurs petites phrases drôlement bien tournées.
p. 113 : "L'essentiel était préservé, dans les yeux de ma femme, je n'avais jamais vu la moindre trace d'indifférence."
p. 68, lors d'une attentive d'ascension du Mont Blanc : "Ça arrive aux meilleurs, dit Pierre avec un sourire éclatant. En montagne, si tu tombes c'est la chute, si tu chutes, c'est la tombe. Tu as eu de la chance, Alberto."

Un livre qui va à l'essentiel, qui ne parle pas pour ne rien dire.
Un livre qui, s'il était une chanson, serait J'ai rêvé New-York d'Yves Simon . Le titre y fait référence, ce que je ne savais pas avant d'en lire l'explication dans le livre. Et j'ai aimé là aussi. J'ai aimé ne pas comprendre le titre au début et saisir toute sa signification à la fin.

Extrait p. 124 : "Je marchais dans les rues en fixant les visages du monde. À seize ans, j'avais imaginé cette ville mille fois en découvrant la chanson d'Yves Simon J'ai rêvé New York : "Monsieur Gregory Corso, qu'est-ce que la puissance ? Rester debout au coin d'une rue et n'attendre personne..." Je l'avais écoutée pendant des mois. J'y avais trouvé la définition de la puissance, qui n'était rien d'autre que la clé pour devenir un homme : n'attendre personne."

Une jolie histoire de crise de la quarantaine dans le couple, du point de vue de l'homme essentiellement, avec des maux et des enseignements.
Une crise bien négociée au final.
À vous de lire le livre pour en savoir plus !

Éric Genetet vit et travaille à Strasbourg. Il est journaliste. 
Et n'attendre personne est son troisième roman. 
Vous pouvez lire ici une interview de l'auteur, à cœur ouvert.
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